Le soufisme

Le soufisme est la dimension spirituelle, intérieure, de l’islam sunnite (la mystique chiite possède d’autres caractéristiques) :

1- La dimension spirituelle :

La spiritualité concerne les choses de l’Esprit ; elle envisage que le monde matériel, sensible, doit être compris et régi à partir du monde spirituel ou métaphysique. Toute religion authentique instaure donc la précellence de l’esprit sur la matière. L’islam n’est pas une idéologie, mais un souffle spirituel.

2- dimension intérieure, ésotérique :

La réalité ne saurait se réduire à ses apparences. Dans le Coran (57 : 3), Dieu se présente à la fois comme l’Extérieur (al-zâhir) et l’Intérieur (al-bâtin). Or, la création est à l’image de Dieu : derrière le monde des formes, du dogme et de la Loi, il existe une Réalité intérieure (Haqîqa) qui représente le fondement de la religion et lui donne son véritable sens. C’est cette réalité que tend à percevoir le soufi, en partant de la norme extérieure ou périphérique (Sharî‘a), pour cheminer ensuite sur la Voie initiatique (Tarîqa) qui relie l’apparence à l’essence. Ce processus introspectif est tracé dans le Coran, notamment en 51 : 20-21 : « Sur terre il y a des signes pour ceux qui sont dotés d’une vision sûre. Et en vous-mêmes, ne percevez-vous pas ? ». L’extérieur procède de l’intérieur, comme l’écorce d’un fruit enveloppe le noyau. Pourtant, nous vivons la plupart du temps dans une conscience superficielle, distraite. Nous devons donc nous mettre en quête de notre intériorité, pour mieux réaliser notre humanité !

Prenant sa source dans le Coran et dans la Tradition prophétique, le soufisme est une science « gustative », une discipline qui permet à l’âme humaine de travailler sur son ego. Le soufi puise dans l’influx spirituel du Prophète, transmis depuis des siècles de maître à disciple, afin de dépasser les passions et les illusions qui l’assaillent.

 

Le soufi ne rejette pas le monde : il « l’épouse » pour mieux le transcender ! « Les êtres n’ont pas été créés pour que tu les voies, mais pour que tu voies leur Seigneur en eux », écrit Ibn ‘Atâ’ Allâh  (m. 1309). Le Coran incite l’homme à décrypter les « signes » (al-âyât), à contempler Dieu dans Sa manifestation, dans la beauté du monde : « Nous leur montrerons Nos signes dans l’univers et en eux-mêmes jusqu’à ce qu’ils voient que [Dieu] est le Réel » (Coran 41 : 53).

 

Outre les rites tels que la prière ou le jeûne, les soufis pratiquent le dhikr, terme signifiant à la fois le souvenir et l’invocation de Dieu. Le souvenir permet de lutter contre l’oubli de Dieu dans lequel se complaît  l’humanité. L’invocation du Vivant donne vie à notre conscience, et irrigue tout notre être ; il nous aide à réaliser l’éternelle Présence dans l’instant.

Il existe nombre de préjugés et de poncifs à propos du soufisme, provenant tantôt des musulmans, tantôt des non musulmans. Beaucoup se nourrissent de la propagande wahhabite/salafiste, qui a provoqué une véritable amnésie dans la conscience historique des musulmans. Non, le soufisme n’est pas une secte hors de l’islam, mais il en est le cœur ; le témoignage de Ghazâlî suffit ! Non, les disciples d’une confrérie n’adorent pas leur cheikh. Non, le soufisme n’est pas une quête égoïste du salut individuel ; la réalité historique montre le contraire. Non, le soufisme n’est pas un islam ‘‘light’’, etc. Selon l’enseignement soufi, il faut d’abord détruire l’ignorance – et la calomnie, en l’occurrence – avant de construire sur des bases saines. C’est précisément à cela que veut contribuer la fondation Conscience Soufie.

Le soufisme, à l’image de l’islam, est un monde
complexe et diversifié : « Il y a autant de voies
menant à Dieu que de souffles des fils d’Adam ».